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vendredi 19 août 2011

Les caisseux

Contrairement à certains collègues qui semblent être en guerre avec tout automobiliste, ces derniers ne sont pas pour moi une cause du frustration majeure... en général. En effet, contrairement à certains piétons manifestement dénués de toute forme d'instinct de survie et dont il faudra que je parle dans un prochain texte, les automobilistes semblent au moins freinés dans leurs ardeurs par la crainte de rayer/plier leur belle bagnole contre le bus.

Bien sûr, il y a des exceptions, principalement lorsqu'on quitte les arrêts. C'est toujours à ce moment-là qu'un mec (ou une nana, il y a une vraie parité des sexes dans le domaine des chauffards) en BMW, Mercedes ou autre grosse voiture (ce point est quasi systématique) se figure qu'il a le droit de passer à fond et d'empêcher le bus de quitter son arrêt. Certains vont même jusqu'à klaxonner le bus sortant. En pareil cas, bien sûr, ni une ni deux je m'arrête devant l'imbécile qui a voulu me forcer le passage, regarde dans les yeux le gus en train de pester dans sa bagnole et lui sort un petit coup de "corne de brume" (ça fait du vent un klaxon de bus) suivi d'un geste des mains accompagné d'un haussement d'épaules signifiant "ben oui, tu vois coco moi aussi j'ai un klaxon, mais ça avance à quoi de l'utiliser et de foncer quand il n'y a pas la place de passer?"... En espérant que ça puisse un tout petit peu lui faire réfléchir pour la prochaine fois. Et puis aussi parce que ça fait du bien.

Je rappelle ceci :

En agglomération, tout conducteur doit ralentir si nécessaire et au besoin d'arrêter pour laisser les véhicules de transport en commun quitter les arrêts signalés comme tels.

Le fait, pour tout conducteur, de contrevenir aux dispositions du présent article est puni de l'amende prévue pour les contraventions de la deuxième classe.


(Article R412-11 du code la route en vigueur depuis le 01 juin 2011)

Bon, contravention de deuxième classe je trouve ça un peu léger, après tout l'infraction est un refus de priorité (!), mais au moins la loi existe. Je trouve également regretable qu'à l'arrière de nos bus le petit panneau rappellant cette règle soit trop gentil (Priorité au bus quittant l'arrêt, merci.) et laisse à penser qu'il s'agisse d'une demande de politesse faite aux automobilistes. "Merci"?! Comment ça merci? Pourquoi pas "s'il vous plaît" tant qu'on y est? Je verrais plutôt un message du genre "Priorité au bus quittant l'arrêt. Céder le passage sous peine d'amende. Article R412-11" sur un panneau beaucoup plus grand et affiché en couleurs vives contrastant avec la livrée pour qu'il soit bien visible. Il faut vraiment que cette règle rentre dans les moeurs... Je veux dire, la plupart des gens respectent les feux rouges, les stop et autres priorité à droite, alors pourquoi faudrait-il ne pas respecter le droit d'un bus à quitter son arrêt?

Souvenez-vous que vous retardez le trajet de 5, 10, 20... 50, ... et jusqu'à 160 personnes dans un bus articulé en l'empêchant égoïstement de faire son boulot au profit de votre petite bagnole dans laquelle vous êtes tout seul.

Texte dédié aux quelques conducteurs qui nous laissent bosser en quittant les arrêts et nous invitent même à sortir à l'aide d'un appel de phare par exemple. Ca fait extrêmement plaisir, et dans ce cas je sors toujours la main en guise de remerciement ;-)

jeudi 21 avril 2011

Première anecdote : altercation entre adolescentes

J'étais au volant d'un articulé en heure de pointe du soir. Le bus était bien rempli mais j'étais assez satisfait car pour une fois, la circulation n'était pas trop dense et me permettait de respecter les horaires quasiment à la minute. Puisqu'il fallait bien pimenter un peu une course qui eût été monotone sans qu'arriva ce qui suit, laissez moi donc vous narrer ma première anecdote croustillante...

Le miroir intérieur qui nous permet de voir les gens descendre aux arrêts, les poussettes, les PMR... je m'en sers également en conduite, en y jettant de temps à autres des coups d'oeil afin de m'assurer de l'agréabilité du voyage pour mes clients. En fonction de leurs visages et postures, je peux savoir s'ils sont confortables, agacés, ou autre; si manifestement j'aurais dû apréhender tel ou tel rond-point moins rapidement où si au contraire je pourrais mettre un peu les gaz sans que ça les dérange, pressés qu'ils sont de rentrer chez eux. Etant débutant, je tente en fait d'utiliser le ressenti apparent des passagers pour apprendre à caler mon allure, en plus de l'horaire et des indications qu'on nous a donné en formation.

Je me sers aussi du miroir pour m'assurer du calme et de la tranquillité qui règne à bord. 99,9% du temps, tout se passe très bien. Mais l'autre jour, dans cet articulé en heure de pointe, je vis arriver du fond du bus une lycéenne manifestement très bouleversée, en larmes et tremblante, me suppliant d'appeller la police ou les contrôleurs car "des filles voulaient la taper au fond du bus". Au début j'étais un peu étonné qu'une querelle entre adolescentes puisse causer un tel désarroi, et je ne croyais pas trop à la possible montée en violence de la situation. Puis, les filles en question ont rejoint "la victime" à l'avant du bus, et celle-ci à carrément switché en mode terreur panique. Alors même que je conduisais, elle s'est accrochée de toutes ses forces à mon bras droit, tout juste si elle n'essayait pas de rentrer dans le compartiment conducteur. Il est vrai que les quatres autres adolescentes étaient verbalement très aggressives et je n'ai rapidement plus eu de doutes quand à leurs capacité à cracher, tirer les cheveux ou balancer quelques gifles pas-pour-rire. Personnellement je ne me sentais pas du tout en insécurité, mais je craignais quand même un peu pour la gamine et donc, n'ayant pas le droit de virer des mineurs du bus, pour me dédouaner au cas où la situation s'envenimerait, j'ai lancé un appel de détresse. Ce type d'appel, émit par un bouton discret, met immédiatement le central radio en écoute silencieuse de tout ce qui se passe dans le bus. Avec la géolocalisation par satellite et les caméras qui équipent tous les bus, c'est très efficace en cas de problème. Sachant la situation écoutée, j'ai ordonné au groupe des fauteuses de trouble de reculer au fond du bus et j'ai dis à la victime, qui avait vraiment besoin d'être apaisée, qu'elle pouvait rester à l'avant à mes côtés et qu'il ne lui arriverait rien. J'en ai profité pour donner un indice au central radio afin de leur faire comprendre que je n'étais personnellement pas en danger et qu'ils pouvaient donc me rappeller pour une vraie communication. Je leur ai à ce moment-là expliqué clairement la situation, ils m'ont dit de continuer ma course et qu'ils allaient "gêrer en amont" (ce qui veut dire "envoyer la cavalerie"). En attendant, j'ai dû poursuivre la conduite commerciale avec la lycéenne tremblante agripée à mon avant-bras, tout en gérant les quatres harpies qui n'en faisaient qu'à leur tête, restant à l'avant du bus, continuant les aggressions verbales envers la victime et ordonnant par exemple à celle-ci de descendre aux arrêts avec elles afin de s'expliquer sur le trottoir. J'ai dû "faire ma grosse voix" à plusieurs reprises pour les calmer et j'ai même été obligé de ranger le bus, frein de parc et moteur coupé, leur expliquant que je ne repartirais pas tant que le calme ne reignerait pas à nouveau dans le bus. Cette mesure s'est d'ailleurs avérée plus efficace que prévu car ça a eu pour effet de leur mettre tous les autres voyageurs à dos. Ces derniers souhaitant bien sûr rentrer chez eux au plus vite, invectivèrent spontanément les harpies à se calmer afin que je puisse reprendre la conduite en toute concentration. Quelques arrêts plus loin, la cavalerie était bien présente sous la forme imposante de 12 contrôleurs, c'est-à-dire 4 bonhommes en noir pour chaque porte que comprenait le bus. Tout de suite, ça en jette. Ce fût au tour des quatre harpies de switcher en mode panique, se dirigeant aussi vite que possible (le bus était toujours bien rempli) vers l'arrière, essayant d'ouvrir les portes à l'aide des boutons de secours et donnant des coups violents dans celles-ci, uniquement pour être rapidement très très bien encadrées par les contrôleurs. Un de ceux-ci a ensuite accompagné la victime jusqu'à un autre bus où elle avait sa correspondance, et tout est finalement rentré dans l'ordre dans "mon" véhicule. Je salue d'ailleurs l'intervention dilligente et efficace des contrôleurs, c'est rassurant de savoir qu'on peut compter sur eux ainsi.

Une gendarme qui n'était pas en fonction était présente dans le bus et est venue me voir après coup pour me dire que j'avais très bien réagi. Ca m'a fait plaisir... C'était en effet mon premier incident de ce type.

Sauf qu'avec ces bêtises, j'ai pris 10 minutes de retard et je me suis retrouvé dans le jus et sans pause aux terminus pour les 3 courses suivantes! Dur dur la vie de conducteur ;-)

dimanche 27 mars 2011

Débuts en entreprise de transport urbain

Quoi de neuf depuis les dernières nouvelles?

Après avoir obtenu mon permis D et ma FIMO par l'intermédiaire du TP CTRIV, je suis rentré en formation dans l'entreprise de transport urbain qui m'emploie. Celle-ci dure au total 13 semaines, qui seront réparties en alternance sur un an, la durée d'un contrat de professionalisation dont le but est de nous faire passer le TP ACCTRUV que j'ai mentionné dans un post précédent. On commence par un bloc de 5 semaines d'apprentissage des lignes et des différents modèles de bus (standards et articulés), nous aurons la suite des semaines de formation tous les un à deux mois.

Voici donc mes premières impressions après avoir effectué mes trois premières semaines de formation. Il y a pas mal de différences entre les cars comme on en avait lors du TP CTRIV au centre de formation, et celle des bus. Tout d'abord, la boite automatique change radicalement la donne! Finis le stress du passage des rapports sur une boite récalcitrante et un levier complètement flou. Je peux désormais mes concentrer à 100% sur ce qui se passe sur la route. Bienvenue également au FAE (frein d'aide à l'exploitation, qu'on appelle aussi brake valve ou frein d'arrêt), qui permet de maintenir le véhicule immobilisé sans devoir garder son pied sur la pédale de frein. Hyper sécurisant et hyper pratique... De plus en raison de la force qu'il y a lieu de mettre sur la pédale pour maintenir un véhicule d'un tel tonnage à l'arrêt sur un dénivelé, c'est également très reposant pour la patte arrière droite... D'une manière globale je trouve la conduite d'un bus beaucoup plus agréable et sécurisante que celle d'un car. Je suis plus à l'aise au volant d'un bus articulé au centre-ville qu'avec un car sur une 4 voies bien dégagée... ce paradoxe résulte peut-être simplement d'une question de modèles de bus et de cars. Je veux dire par là que si j'avais connu des autocars haut de gamme, j'aurais peut-être tenu un discours différent qu'avec mon expérience limitée aux modèles d'entrée de gamme, juste biens pour apprendre et faire du transport scolaire. Nous avons même fait de la 4 voies en bus urbain, et j'ai été surpris par la bonne tenue de cap et l'impression de fiabilité qui s'en dégageait, là où les cars me donnaient l'impression d'être "sur un bateau" passé une certaine vitesse. J'ai d'ailleurs remarqué que je ne me lasse pas de conduire les bus alors que je n'étais que trop content de laisser le volant des cars au centre de formation.

Concernant la conduite des articulés, et bien de manière étonnante je trouve que ça se fait plutôt bien! Leur conduite est très agréable, je dirais même amusante. Si on aime une conduite précise et technique, c'est un pur bonheur. Nous travaillons avec plusieurs modèles, dont l'un d'eux possède un essieu de remorque directionnel (Vanhool AG300). Celui-là est un peu particulier à manier, et je trouve pour l'instant que cet essieu ne facilite pas autant le passage dans les endroits difficiles que je ne l'aurais imaginé.

Quoi qu'il en soit, je suis content et, je l'avoue, fier d'être enfin habilité à conduire ces engins de 18 mètres de long. Il faut dire que j'attendais ce moment avec beaucoup d'impatience, depuis pratiquement un an de démarches et pas mal d'années à avoir cette idée de reconversion au fond de ma tête...

Au niveau de ma conduite, il me reste bien sûr encore beaucoup à faire pour me perfectionner et devenir un excellent conducteur, même si globalement je me sens à présent à l'aise dans à peu près toutes les situations. Il me reste en priorité la question du freinage à travailler encore et encore. En effet, j'éprouve pas mal de difficultés à faire un beau freinage dégressif, sans à-coups. Je ne trouve pas ça évident, entre le ralentisseur couplé à la pédale de frein (qui se manifeste avec un certain délai après avoir appuyé sur la pédale d'une part ; et qui cesse d'agir en dessous d'une certaine vitesse, donnant soudainement l'impression d'être en roue libre, ce qui oblige à écraser la pédale d'autre part) et le rétrogradage qu'on ne contrôle pas et qui donne obligatoirement des à-coups, là où avec une boite manuelle on aurait embrayé gentiment. Bien sûr certains modèles ont une pédale de frein infernale, alors que d'autres permettent une belle progressivité (Mercedes Citaro II par exemple, une crême à conduire).

J'ai déjà eu la chance d'effectuer quelques jours de conduite en service commercial accompagné d'un tuteur. Principale différence avec l'apprentissage des lignes que nous effectuons seuls avec un formateur : la clientèle bien sûr! J'avais quelques appréhensions, mais j'ai été ravi de voir qu'elles n'étaient pas fondées. La vaste majorité des clients sont adorables, et j'ai constaté qu'à partir du moment où le conducteur est tourné vers eux et les salue à leur entrée dans le véhicule, toutes les catégories d'usager se montrent finalement polies et même agréables, indépendamment des tranches d'âges, des quartiers, des origines ethniques ou des niveaux apparents de revenu. Voilà pour les préjugés... Ca a été une très bonne surprise. Il va par contre falloir que je perfectionne rapidement ma connaissance de la ville et de ses alentours (je n'y suis que depuis un an) car j'aurai été bien en peine de répondre sans l'aide de mon tuteur aux demandes de renseignements formulées par certains clients...